J’ai vu arriver un certain nombre de programmes conçus ailleurs, avec des équipes compétentes et des budgets sérieux. La plupart fonctionnent, au moins partiellement. Ceux qui rencontrent des difficultés les rencontrent presque toujours au même endroit, et cet endroit se situe en amont de ce qu’ils avaient prévu de traiter.
Le premier écart concerne le vivier. Un programme calibré sur un marché où les porteurs de projets arrivent avec une entreprise déjà constituée, une équipe et un premier chiffre d’affaires trouvera ici des candidats à un stade antérieur. Cela ne dit rien de leur qualité. Cela dit que les critères d’entrée ont été écrits pour une population différente, et qu’ils vont soit écarter des profils intéressants, soit être assouplis dans l’urgence, ce qui revient à concevoir la sélection après coup.
Le deuxième écart concerne les structures avec lesquelles le programme devra travailler. Un incubateur, un accélérateur et un espace de travail portent ici des réalités très diverses, avec des niveaux de maturité qui ne se lisent pas depuis l’extérieur. Une organisation qui choisit ses partenaires sur la base d’une présentation ou d’une labellisation se retrouve parfois à devoir accompagner ses propres partenaires avant de pouvoir accompagner qui que ce soit.
Ce que le relais apporte
Ce qu’une organisation qui arrive ne peut pas se procurer rapidement, c’est la connaissance de ce qui existe déjà. Quelles structures fonctionnent réellement, lesquelles portent un nom sans porter d’activité, quels programmes ont déjà été tentés sur le même sujet et pourquoi ils se sont arrêtés, quelles institutions financent quoi et selon quel calendrier. Cette connaissance ne se trouve pas dans les rapports, parce que les rapports décrivent ce qui était prévu.
Elle ne se remplace pas non plus par un recrutement local, du moins pas immédiatement. Une personne recrutée connaît son propre réseau, ce qui est déjà beaucoup, mais elle ne connaît pas nécessairement l’histoire des dispositifs qui l’ont précédée.
Je décris cela sans reproche. Une organisation qui se déploie sur une zone nouvelle fait un pari raisonnable en supposant que sa méthode se transpose. Elle se transpose souvent. Ce qui ne se transpose pas, ce sont les hypothèses implicites sur le vivier, sur les structures partenaires et sur les délais. Ces hypothèses gagnent à être examinées avant l’écriture des termes de référence, plutôt qu’au milieu de la première cohorte.