Pendant huit éditions, le départ a été donné à Mos Espa, le village construit pour le tournage de Star Wars. Depuis l’an dernier, il se fait au Lac Chamsa, à quinze minutes de Tozeur. Entre-temps, la course a traversé des trous budgétaires, une pandémie, une tempête de sable et des pluies qui ont inondé le parcours. Elle a eu lieu chaque année, et les objectifs annoncés au départ sont aujourd’hui atteints : mettre la Tunisie sur la carte des ultra-trails internationaux, faire émerger une élite sportive et faire connaître Tozeur.
Mon métier est de concevoir des dispositifs d’accompagnement pour entrepreneurs. En refermant ces dix ans, je me suis rendu compte que la course m’avait appris beaucoup sur ce métier. J’en retiens quatre choses.
Un parcours se dessine étape par étape
Tracer une course consiste à choisir les lieux par lesquels on fait passer les coureurs. Sur l’UMED, nous avons choisi l’insolite : des lacs en plein désert, un chott salé dont la surface blanche s’étend à perte de vue, des dunes pétrifiées. Chaque passage a été retenu pour ce qu’il dit de la région et pour ce que le coureur ne vivra nulle part ailleurs.

Un programme d’accompagnement se conçoit de la même manière. On trace un chemin, et sa valeur tient aux étapes qu’on décide d’y mettre.
Il faut savoir quitter ce qui fait joli
Quitter Mos Espa a été une décision difficile. Le village faisait partie de l’identité de la course, et c’était l’image que tout le monde reconnaissait. Il compliquait pourtant la logistique, l’accès et le confort de tous, coureurs comme bénévoles. Nous avons choisi le Lac Chamsa, moins iconique et plus pratique.
Beaucoup d’entrepreneurs restent attachés à l’élément qui a fait leur notoriété, alors même qu’il freine le reste. Renoncer à ce qui fait joli au profit de ce qui fonctionne, c’est un vrai pivot.
On améliore sans perdre les acquis
D’une édition à l’autre, nous avons amélioré l’expérience des coureurs. Certains changements étaient minimes, comme le ravitaillement à l’arrivée. D’autres étaient plus lourds, comme le suivi GPS. Nous avons toujours veillé à ne pas perdre ce qui fonctionnait déjà.
Un programme qui repart de zéro à chaque cohorte perd ce que la précédente lui avait appris.
Un projet se construit pour encaisser
Dix éditions, ce sont dix occasions de voir le plan initial se heurter au réel : un budget qui ne boucle pas à quelques semaines du départ, une pandémie qui met tout à l’arrêt, une tempête de sable ou des pluies qui effacent une partie du tracé. Aucune de ces situations n’était prévue.


La course a tenu grâce à la capacité de l’organisation à les absorber. Elle s’appuyait sur des procédures rodées, sur une équipe qui savait quoi faire quand ça déraillait, et sur une mission assez claire pour que personne ne se demande pourquoi il était encore là à trois heures du matin.
C’est peut-être la leçon la plus utile, pour un entrepreneur comme pour celui qui conçoit un programme. Un projet ne tient pas parce que tout se passe bien, il tient parce qu’il a été construit pour encaisser ce qui se passe mal.
Ce que j’ai vu depuis le terrain
J’ai vécu ces dix éditions comme bénévole. J’ai vu l’organisation grandir, se tromper, passer des nuits blanches. J’ai vu, chaque année sur la ligne d’arrivée, les embrassades, les pleurs et l’explosion des émotions. C’est depuis cette place que j’ai compris ce qui faisait tenir la course. C’est aussi celle que je garde auprès des entrepreneurs que j’accompagne, pendant que je conçois les dispositifs qu’ils traversent.

Rien de tout cela n’aurait été possible sans quelques personnes et partenaires. Amir Ben Gacem, fondateur de la course, m’a donné sa bénédiction dès le premier jour et m’a fait confiance depuis. Assurances BIAT, notre presenting partner, a renouvelé sa confiance à chaque édition, y compris les années où rien n’était acquis. Et les bénévoles ont porté la course édition après édition : l’équipe qui sait quoi faire quand ça déraille, c’est d’abord eux.
