Adel Beznine

Concevoir un dispositif

3 min de lecture

La sélection est le moment où le programme se décide

On me demande souvent de concevoir un parcours d’accompagnement. La conversation commence presque toujours par les modules, les mentors et le calendrier. Je propose de commencer ailleurs.

Un programme d’accompagnement est jugé sur les entreprises qui en sortent. Or ce qui sort d’un programme dépend d’abord de ce qui y est entré. Cette évidence est admise par tout le monde et pourtant, dans la plupart des dispositifs que j’ai vus, la sélection reçoit une fraction du soin accordé au contenu.

Je propose l’inverse. La sélection est le premier livrable de la conception, et le reste du parcours s’écrit ensuite, en fonction de ce qu’elle laisse entrer.

Ce qu’un entonnoir décide réellement

Prenons une sélection ordinaire. Cent candidatures arrivent. L’examen des dossiers en retient un peu plus de soixante. On demande alors un support de présentation et une vidéo, et quarante personnes environ les envoient réellement. On regarde, on écarte, il en reste trente. Les ressources disponibles permettent d’en accompagner vingt.

À chacune de ces étapes, une décision de conception a été prise, et elle a été prise par quelqu’un. Le choix de demander une vidéo écarte les personnes qui n’ont pas la créativité ou l’aisance nécessaires, ce qui est parfois voulu et parfois pas. Le passage de trente à vingt n’est pas dicté par la qualité des dossiers, il est dicté par les moyens du programme. Le nombre vingt n’est pas un seuil de qualité, c’est une contrainte budgétaire qui se présente comme un seuil de qualité.

Nommer cela clairement change la conversation avec le financeur. On ne discute plus du taux d’acceptation, on discute du coût réel d’un accompagnement sérieux et du nombre de personnes qu’il permet de servir. D’ailleurs, je négocie toujours un peu plus de places que ce qui a été prévu par le bailleur, afin d’être cohérent avec l’approche centrée sur l’utilisateur, la user centered approach1.

Le format de sélection est un instrument

Sur un programme que j’ai conçu avec des associés, la sélection reposait sur une prise de participation. Soixante-dix candidatures ont été reçues. Quatre entreprises sont entrées dans la phase d’accompagnement, dont une qui s’est retirée dès le départ. Trois ont signé le pacte d’actionnaires. Le taux paraît sévère. Il correspond en réalité à ce que le format exigeait, puisqu’une entreprise qui accepte d’ouvrir son capital à ce stade se soumet à un examen d’une nature différente d’une candidature à un programme gratuit.

Sur un autre programme, porté pendant cinq ans, nous accueillions entre une quinzaine et une trentaine de porteurs de projets par cohorte, dans un cadre gratuit et sur une durée plus longue. La sélection n’avait ni les mêmes critères ni la même fonction, parce que le dispositif ne promettait pas la même chose.

Ces deux exemples ne s’opposent pas. Ils montrent que la sélection traduit le contrat que le programme passe avec ceux qu’il accompagne. Lorsque ce contrat n’est pas explicite, la sélection le rend explicite malgré tout, et rarement dans le sens que l’on souhaitait.

La question à poser en premier

Avant les modules et le calendrier, je pose une question unique : qu’est-ce que ce programme promet, et à qui ? A-t-il les moyens de le promettre ? La réponse détermine les critères d’entrée, le nombre de places, la durée, le format des séances et la manière dont le parcours se termine. Le reste de la conception découle de là, et se discute avec des arguments plutôt qu’avec des préférences.

  1. Une approche centrée sur l’utilisateur est une démarche de conception qui met les besoins, les attentes et les contraintes des utilisateurs au cœur de chaque étape du développement d’un produit ou d’un service, afin d’en garantir l’utilité et la simplicité d’utilisation. ↩
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