L’acculturation à l’entrepreneuriat est un métier. Il consiste à s’adresser à des personnes qui n’ont pas encore décidé de se lancer, à leur donner envie, à lever les obstacles culturels et familiaux, à rendre le chemin imaginable. Ce métier demande de la patience, une pédagogie particulière et une tolérance à des résultats qui n’apparaissent pas dans le cycle du programme. Des gens le font bien. Je ne suis pas de ceux-là.
Je l’ai vérifié en enseignant pendant un semestre. Ma conclusion à la fin de cette période a été simple : donnez-leur leur chance et occupez-vous-en, mais moi je ne m’occupe pas de cela, je ne sais pas le faire et cela ne m’intéresse pas.
Je conçois des dispositifs pour des personnes qui ont déjà décidé d’y aller.
Une exclusion utile
Cette phrase peut passer pour une fermeture. Elle est en réalité une condition de qualité, et elle protège autant le programme que ceux qui y entrent.
Un dispositif qui accueille en même temps des personnes déjà engagées et des personnes encore en phase de découverte impose aux deux groupes un rythme qui ne convient à aucun. Les premières attendent que l’on avance sur leur structuration, leur marché, leur financement. Les secondes ont besoin d’un temps qui n’a pas la même nature et que le calendrier du programme ne prévoit pas. En pratique, l’accompagnement se règle sur le groupe le plus avancé et les autres suivent sans en tirer grand-chose, ou bien il se règle sur le groupe le moins avancé et les premières s’ennuient.
Dans les cohortes que j’ai portées, je consacrais l’essentiel de mon attention aux personnes qui voulaient avancer. Je ne bloquais pas les autres, mais je ne fournissais pas le même effort, et je crois que c’était la décision juste. Une personne encore en phase d’acculturation n’allait probablement pas tirer parti de cette cohorte, alors qu’elle pouvait tirer parti d’une cohorte ultérieure, une fois sa décision prise.
Ce que cela change pour un commanditaire
Une institution qui finance un programme a souvent deux objectifs à la fois : toucher un public « convertible » et faire émerger un petit nombre d’entreprises solides. Ces deux objectifs sont légitimes et ils ne se poursuivent pas avec le même dispositif.
Lorsqu’on me demande de concevoir un programme, je demande lequel des deux prime. Si la réponse est le premier, je recommande de confier le travail à quelqu’un dont c’est le métier. Si la réponse est le second, la conversation peut commencer.
Je préfère perdre une mission au premier échange plutôt qu’à mi-parcours, lorsque le programme s’est installé sur une ambiguïté que personne n’avait voulu trancher.